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l’Abbaye

Abbaye Sainte-Marie de Maumont
Reportage presse.
pour Sud-Ouest
Février 2012

Texte Aude Boilley

C’est un trou de verdure où chante sept fois par jour un monastère. À l’unisson, depuis 1959, la cinquantaine de moniales de l’Abbaye de Maumont, à Juignac (près de Montmoreau), vivent au rythme de l’appel de Dieu, de 5 h 30 à 20 h 10. « Avant, nous nous levions aussi pour prier à 2 h 30 du matin, trois fois par semaine. Mais nous avons arrêté, ce n’est plus adapté à notre vie et à nos horaires », sourit sœur Épiphane.

Malgré cette « grâce », être sœur à l’abbaye de Maumont n’est pas mener une vie de tout repos. On y travaille et vit selon les principes de saint Benoît, pour qui « l’oisiveté est l’ennemie de l’âme ». « Et on doit bien gagner notre croûte », revendique sœur Épiphane. L’abbaye vit grâce à son atelier de reliure de livres anciens (lire ci-contre) et aux pensions de retraite des bénédictines les plus âgées.

Une cinquantaine de sœurs

Entre les prières, le recueillement, l’accueil à l’hôtellerie (lire ci-contre), le jardinage, le travail aux ateliers et celui au service de la communauté, les journées sont bien remplies. Chaque jour, les moniales contemplatives prient cinq heures et travaillent cinq heures. « C’est un rythme à prendre, mais c’est un rythme libérant », estime sœur Jean-Baptiste. Heureusement, le bon Dieu a créé le café.

Et l’humour. Car la détente fait tout de même partie du quotidien. « On joue aux cartes, parfois on regarde des films, des fidèles nous donnent des DVD. Nous avons adoré  »Des hommes et des dieux » et je dois avouer que j’ai un petit faible pour  »La Grande Vadrouille »», glisse la sœur. Dans la cour, comme un signe, une 2 CV est justement garée.

L’abbaye surplombe Juignac et Montmoreau. Si les sœurs vivent cachées, les offices sont ouverts à tous. En cette fin de matinée, c’est l’heure de l’office de Sexte. Sœur Nathalie va sonner l’angélus. Méticuleusement, la bénédictine s’applique. Dans les étages, les lumières s’éteignent. Chacune à petit pas rejoint l’église et endosse sa coule.

Sœur Estelle et sœur Marie-Noëlle arrivent. Leur voile blanc tranche avec leur habit noir. Elles sont les deux plus jeunes de la communauté. Après de nombreuses interrogations, les deux anciennes institutrices de respectivement 34 et 29 ans sont venues pour Lui. Un sourire est en permanence accroché à leurs lèvres. Dans quelques années, après cinq ou six ans de noviciat, elles troqueront leur coiffe blanche pour un voile gris. Les novices se font rares, environ une tous les trois ans sonne à la porte du monastère. Parfois, la greffe ne prend pas. « Le facteur temps est très éliminatoire », convient sœur Épiphane. En attendant, chaque jour, Marie-David s’occupe de l’apprentissage de sœur Estelle et sœur Marie-Noëlle.

On hésiterait presque à demander aux sœurs si elles sont heureuses, tant la réponse semble évidente. « Nous ne sommes pas maso, on cherche à être heureuses, comme tout le monde. Nous sommes faites de chair et de sang », sourit sœur Épiphane.

Hormis quand elles regagnent leur « cellule », leur chambre, vers 21 heures, les sœurs vivent toujours ensemble. Mais comment font 50 femmes pour vivre ensemble alors qu’elles ne se sont pas choisies ? « C’est un miracle permanent », rigole sœur Épiphane. « C’est la preuve que Dieu existe, poursuit sœur Jean-Baptiste. Et puis, il y a un très bon remède : le pardon. » Alors, chaque soir, les sœurs fâchées se demandent le pardon et toutes battent leur coulpe réunies en chapitre. « Saint Benoît dit qu’il ne faut pas se coucher sur une colère », reprend sœur Épiphane. « Nous sommes faites pour vivre heureuses ensemble, on ne fait pas semblant. » À chaque date anniversaire de la profession solennelle, les sœurs ont droit à deux jours de retraite, elles peuvent alors « se recentrer sur le but de (leur) vie » et sont dispensées de travail.

« Une vie passionnante »

Jamais les sœurs ne se sentent en décalage ou démodées. sœur Jean-Baptiste réagit immédiatement : « Pourquoi serions-nous démodées et les gens qui se font la guerre dans le coup ? Quand nous avons des visiteurs, ils voient des femmes qui ont l’air heureuses, qui ne s’ennuient pas. Ce qu’on vit est passionnant. »

Pourtant parfois, les tourments chagrinent les sœurs. « Bien sûr qu’il y a des moments où nous ne voyons pas plus clair. Nous ne sommes pas des anges. Mais notre force, c’est de ne pas être seules. Et puis, on voit les autres femmes qui y arrivent… », suggère sœur Épiphane. Et si elles ont tout quitté pour Dieu, la maternité spirituelle les contente. « Notre vie est donnée pour que d’autres vivent. Pour nous, qui avons renoncé à être mères, c’est une façon de donner la vie », estime de son côté sœur Jean-Baptiste.

Les sœurs sortent rarement de Maumont. Sauf pour aller chez le médecin ou se rendre au bureau de vote. « C’est toujours un peu l’attraction du village », témoigne sœur Épiphane. Même la mort ne les sépare pas de Maumont. Les moniales sont enterrées dans le cimetière du monastère. Le début d’une autre vie.